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Kate Bush… dans ce qui restera comme le come-back de… la décennie ? Plus ?

Tout d’abord, et sans que cela soit un regret, le spectacle offert étant qualitativement et quantitativement (3h) superbe, l’absence de l’album The Dreaming peut être citée néanmoins. Ainsi que la distance ne permettant pas d’observer les expressions des visages sur scène (DVD…), malgré de bonnes places.

La première partie (pré-entracte disons) démarre moyennement me concernant, même si la joie de la voir sur scène compense cela. La faute peut être à un morceau légèrement anodin, et surtout à un mixage sonore couvrant bien trop la voix de Kate. Les morceaux pêchus du début auront ce léger désagrément pour eux, jusqu’à ce « Top of the City » où l’alternance temps fort-temps calme commence à révéler l’un des atouts majeurs de ce spectacle… la sidération arrive juste après sur Running up that Hill, et de constater que la voix de Kate Bush fait à l’identique ce qu’elle faisait sur la version studio de 85. C’est assez renversant !

Ces premiers morceaux constituant la partie « best of » du spectacle, celui ci s’aventure ensuite dans ce qui semble intéresser Kate Bush ici… l’esprit concept album. Tout d’abord avec les sept morceaux enchainés de The Ninth Wave, durant lesquels l’estrade de l’orchestre se recule en fond de scène pour laisser le champ libre à toute une mise en scène de cabaret/opéra/théâtre visuel. Emerveillement des yeux ! Puis l’intégralité de Sky of Honey (deuxième album du récent Aerial), suite de morceaux évoquant un cadre champêtre, les oiseaux, la nature, le ciel, (l’inspiration ?).

Cette seconde partie post entracte (Sky of Honey donc) constitue pour moi le moment bluffant du show, celui où Kate Bush fait littéralement décoller toute son entreprise. Plus aérée et apaisée, musicalement plus intéressante à mon sens, où les instruments ont place pour s’exprimer, notamment Kate au piano, couplée à une mise en scène jouant nettement de l’épure en comparaison de celle de The Ninth Wave, tout en offrant des tableaux (!) véritablement somptueux. Il n’y a rien à jeter dans ce second acte à mon sens, et certainement pas le morceau inédit chanté par son fils de 16 ans Bertie McIntosh, part intégrante d’ailleurs du retour de sa mère sur scène (encouragement, direction artistique du spectacle, …).

Elle finira en rappel, d’abord seule au piano sur un Among Angels (clôturant l’album 50 words for Snow) tétanisant de beauté, puis sur un entrainant Cloudbusting, aux vagues allures de fête païenne…

Ce qui impressionne également, c’est la variété et le savant dosage dont Kate Bush a su faire preuve pour ce concert-spectacle, que ce soit dans les climats, le tempo des morceaux, ou les passages plus théâtraux et « show ». Avec des trucages parfois très techniques, tel ce survol d’un hélicoptère, proche d’une attraction; comme très enfantin (ce grand oiseau en papier blanc, que l’on croirait plié par un petit garçon, et agité par des hommes en noirs), un aspect que l’on retrouve régulièrement dans l’univers de Kate (pochettes d’albums, paroles,…).

Vivement le DVD pour (re)voir ce spectacle bien souvent magique !

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Le ciel est de plus en plus orageux à présent, tandis que nous errons inlassablement parmi la savane environnante, dans l’espoir d’ajouter quelques succès à notre tableau de chasse. Apercevoir quelques fauves serait notamment idéal pour clore la journée sur une note haute.

Le chauffeur, guide à ses heures perdues, partage son temps entre de multiples autres activités. Non seulement conduit il, mais il trouve également le moyen de tuer d’une main toutes les mouches à distance raisonnable de lui, les mouches du coin étant pourtant excessivement vives. Comment accomplit-il cet exploit ? Difficile de se prononcer catégoriquement, mais force est de reconnaitre qu’il est dans l’ensemble impressionnant, bien que sa conduite s’en ressente quelque peu lorsqu’il se retrouve encerclé. Des frayeurs peuvent alors résulter de ses nombreuses embardées. 

Parmi ses autres occupations, il passe une bonne partie de son temps accroché au talkie walkie de sa voiture, relié aux autres chauffeurs d’autres véhicules, s’exprimant dans un dialecte inconnu au milieu du crachotement de la radio. Ces conversations, bien que je n’en comprenne pas un traitre mot, sont au service du partage et de l’entraide entre les différents équipages, dans le but avoué de traquer notamment le fauve, bien plus rare que l’éléphant par exemple. 

Une fois qu’un équipage déniche le fauve, il saura gré d’en alerter les autres équipages, qui se feront ainsi un plaisir de rappliquer immédiatement au lieu correspondant. Il va sans dire que dans cette quête éperdue, et si l’on souhaite pouvoir obtenir une photo de l’animal sans avoir un 4×4 en arrière plan, mieux vaut préférer la position du rapporteur que du rapporté. 

Comment trouve-t-il le temps de conduire au milieu de tout cela ? Je m’abstiens judicieusement de lui poser la question. 

Pour ma part, je suis assis juste derrière ce chauffeur, peinant à rester les yeux ouverts après un réveil fort matinal, mais l’œil toujours aux aguets malgré tout. De temps en temps, lorsque l’appel du sommeil se fait trop sentir, je me lève et me tiens debout, accroché à la barre de sécurité entourant l’immense toit ouvrant du 4×4, et je contemple les alentours de ce point de vue à la fois surélevé et panoramique.

Cela fait maintenant plusieurs jours que nous sommes partis dans un de ces nouveaux périples dont nous avons l’habitude, et la fatigue commence à se faire sentir sur les organismes. Néanmoins, dans sa grande mansuétude, le temps s’est avéré clément envers nous aujourd’hui, nous épargnant le soleil de bagnard qui régnait jusqu’ici. Ce dernier ayant entrainé des ravages terribles les derniers jours, je suis soulagé de ce répit et de ne pas avoir à m’en préoccuper pour un peu. Mon nez n’aurait probablement pas survécu à une cuisson au four supplémentaire.

En prévision des fortes chaleurs, j’avais enfilé un vieux polo rose layette, qui par sa forme inadaptée à mes courbes me permettait de respirer agréablement par n’importe quelle température. D’autre part, sa couleur rose layette rendue encore plus délayée du fait des multiples lavages de son existence lui conférait des propriétés adoucissantes, quasiment magiques, contre les rayons perçants du soleil. Précaution finalement ô combien inutile donc.

La nuit à quelques encablures, chacun commence à faire ses comptes pour parvenir à la conclusion que ce fut une journée à ranger dans la catégorie « vaches maigres ». Le chauffeur, imperturbable face à ces résultats calamiteux, ne souhaitant pas s’avouer vaincu sur cette triste note, harangue cependant l’équipe une dernière fois. Je dois dire que je trouve le baroud d’honneur du bonhomme admirable en de telle circonstance. 

Notre souci majeur, cette épine dans le pied, qui est également la sienne, peut se résumer simplement : notre tableau de chasse de la journée reste vierge de tout fauve.

Les fauves ! Personne n’ose trop en parler, mais c’est un peu le mot qui revient dans les conversations, animant les discussions du soir dans les différents campements de la région. Tel l’abominable homme des neiges ou yeti dans Tintin au Tibet, il provoque une excitation non dénuée de crainte dans le regard fébrile de chacun. Et tout le monde finit immanquablement par s’agiter dès que le mot lion, guépard, panthère surgit. Cette frénésie, à laquelle je n’échappe pas d’ailleurs, est bien souvent très amusante à observer pour un œil extérieur.

Au moment où les carottes semblent définitivement cuites, le talkie walkie du 4×4 se met à crachoter violemment. Le chauffeur s’en saisit soudainement, et après un bref échange dans lequel il est impossible de lire quoi que ce soit, la placidité du bonhomme à tout instant étant stupéfiante, il se retourne et nous traduit l’information. 

Le guépard rode à quelques encablures.

Sans pouvoir être catégorique sur les mots employés par le chauffeur, l’idée est bel et bien là, contenue dans ces termes. Aussitôt, il redémarre son lourd engin et s’engage dans une course poursuite vers le lieu de rendez vous, allant même jusqu’à oublier d’exterminer quelques mouches au passage, pourtant rentrées pleinement dans son périmètre.

Nous longeons pour un temps une ravine peu profonde, dans laquelle coule paresseusement un petit cours d’eau, avant d’apercevoir de l’autre côté une espèce assez fréquente par ici, trois 4×4 identiques au notre, rangés le long de la piste en rang d’oignons. C’est là le lieu de l’action, mais notre chauffeur poursuit sa route malgré nos cris de protestations, s’égosillant pour faire passer son message sur l’impossibilité de descendre dans la ravine à cet endroit.

Qu’à cela ne tienne, quelques minutes plus tard, profitant d’une pente plus douce, notre 4×4 se jette dans le cours d’eau, et nous traversons la rivière dans un torrent d’éclaboussures avant de ressortir victorieux sur la rive opposée.

Je m’impatiente malgré tout devant la tournure des évènements, de peur d’arriver trop tard pour surprendre maitre Guépard dans ses œuvres, mais il s’avère finalement que j’ai tort. Maitre guépard nous a sagement attendu avant de débuter la représentation. Nous nous rangeons donc le long de la piste, comme nos petits camarades déjà présents. Je ne compte à ce moment là que cinq véhicules, nombre étonnamment faible au vu de l’engouement suscité par le spectacle à venir.

Tout le monde se redresse sur ses jambes, de multiples têtes dépassant de chaque 4×4, polissant soigneusement les verres de jumelles ou d’appareils photo. Comme annoncé par la radio crachotante, maitre guépard est bien là, à une trentaine de mètres seulement de nous, tapi au sol dans les quelques roseaux avoisinants. Totalement immobile, il fixe d’un regard de tueur les trois gazelles un peu plus loin sur notre gauche.

La scène vaut déjà son pesant d’or. Maitre guépard, pour l’instant plus proche d’une statue de cire de Madame Tussaud, est situé sur un axe parallèle aux voitures, avec en arrière plan la ravine et l’orage approchant. De notre tour de contrôle, nous avons donc une vue imprenable en cinémascope, avec le secret espoir d’assister à l’attaque de maitre guépard sur nos amis les gazelles.

A présent, je dénombre une petite quinzaine de véhicules, auxquelles il faut ajouter les malheureux retardataires à l’horizon. Plus personne ne dit mot quel que soit l’équipage, les talkies walkie crachotent désormais à faible volume, et la tension est vivement palpable. N’ayons pas peur des mots et disons le tout net : l’attente est à couper le souffle.

Soudainement, avec une lenteur extrême, la statue de cire se met en mouvement, les jambes toujours aussi impeccablement fléchies, lui offrant une belle tenue au sol, tel Tom Cruise agrippé au toit du TGV dans Mission Impossible. Les flashs des appareils photos crépitent, le tapis cannois n’est pas si loin en définitive.

Pour l’occasion, c’est à pas de guépard que notre ami progresse, casquette de tueur (toujours) vissée sur le front. La scène semble alors se dérouler au ralenti, si ce n’était pour la vitesse à laquelle le vent tourbillonnant charrie les nuages noirs dans le ciel en fond d’écran. Il faut d’ailleurs peu de temps pour que de grosses gouttes d’eau commencent à me tomber sur le nez. 

Aussi subitement qu’il avait démarré, maitre guépard s’arrête dans ses pas, probablement à distance suffisante pour donner l’assaut final. Tout comme les spectateurs ont cessé de déglutir, les gazelles ont également cessé leurs broutements. Elles semblent dorénavant percevoir le danger proche.

Les flashs redoublent d’intensité. Maitre guépard se relève très légèrement.

Boum ! Le coup de starter se fait entendre pour maitre guépard, qui prend un départ tonitruant. Je note que sa course, bien que courte dans le temps, est d’une élégance incroyable et d’une grâce sans pareille. Tout le monde a les yeux rivés sur le spectacle, un concerto de « oh » d’admiration s’élève des 4×4.

L’effort brutal de maitre guépard, ainsi que son diner, prennent une tournure cocasse quelques secondes plus tard. Les gazelles, habiles stratégistes, se précipitent derechef vers la ravine et enjambent le cours d’eau à l’aide de petits bonds. Maitre guépard, quand à lui, n’ayant apparemment pas pris en compte cet obstacle naturel lors du briefing pré-attaque, se prend les pattes dans le tapis dans un grand « splash », ce qui a pour effet de faire rire certains spectateurs véritablement insensibles.

Personnellement, je ne peux ressentir que de la pitié pour ce pauvre maitre guépard, qui ressort tout penaud de la ravine, le pelage trempé, la tête basse, et le ventre désespérément vide. Le rideau tombe immédiatement sur ces dernières images.

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Magnifique show de FKA Twigs hier soir à la Maroquinerie.

Belle maitrise live, réinterprétant par d’infimes variations des morceaux proches des versions studios…

Il y a déjà une utilisation astucieuse des éclairages et de la fumée, un temps une brume rendue violette encerclant ces ampoules transparentes jaunes, telles des lampadaires perdus dans le fog britannique, un autre temps un éclairage orangé rendant Tahliah ombre chinoise… alternance des luminaires du plafond, du fond de la scène, ou au contraire en contreplongée…

Ensuite, cette utilisation du silence – chère à J.Blake – de ces moments d’apnée durant lesquels on n’entend plus rien, cette respiration avant l’impact… étirée, autant que faire se peut… toujours… tout comme ce chant a capella, revenant de temps en temps, transperçant la salle…

Et puis, magistralement, cette capacité à dérégler le rythme d’un morceau, à ajouter ou retirer des beats, des sons, des éléments qui semblent en décalage, comme si tout ne tournait pas rond… en ressort un côté bancal, boiteux, les machines seraient donc humaines, commettant ça et là des erreurs, procédé pas si éloigné de ce que proposait Jon Hopkins l’an dernier sur son disque. Cette imprévisibilité est jouissive à l’écoute, entrainant une attention soutenue de l’auditeur…

Ces différents éléments se retrouvent sur son disque. Sauf qu’en live, le procédé est relancé, les décrochements se font plus violents, les sons plus bruts, les percussions plus intenses… couplé à un chant profitant de sa liberté du moment, s’évadant plus longuement sur telle ou telle phrase, allongeant la diction de tel ou tel mot… et qu’importe si l’on croit entendre des imperfections, si cela sonne « bizarre »… cela résonne surtout de façon neuve !

A tout cela s’ajoute la danse de Tahliah, ancienne reine du videoclip avant sa carrière musicale… une danse à la fois sensuelle et totalement détraquée, faite d’alternance entre mouvements brusques et longues ondulations coulantes.

Ce sentiment d’apesanteur, proche des sonorités trip hop et du mythique groupe de Beth Gibbons, provient également d’une succession permanente d’accélérations et de ralentissements, d’avancée et de retour… elle nous retient, et puis nous lâche dans le vide…

Le concert se termine par un morceau évoquant d’ailleurs les plus belles heures de Burial, le roi de la chute libre, celui capable de nous envoyer loin, très loin…

Il est bien trop tôt pour canoniser qui que ce soit. Disons que pour l’heure, FKA Twigs se pose comme une artiste qu’il faudra absolument suivre, que ce soit en studio ou sur scène, une des plus belles promesses apparues récemment dans le paysage musical (parfois) ronronnant.